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jeudi, 10 novembre 2016

10 novembre 1657: l’exécution du favori de la reine Christine de Suède à Fontainebleau

 Exécution du favori de la reine Christine de Suède à Fontainebleau

Christine-Suede.jpg


http://www.europe1.fr/…/10-novembre-1657-lexecution-du-fa...
C’était dans le second voyage qu’elle fit en France. Monaldeschi, qu’on soupçonne avoir été l’amant favorisé de Christine, eut l’imprudence d’humilier la fierté de sa royale maîtresse, en écrivant à une femme qu’il lui préférait, des lettres où la reine n’était pas épargnée. Christine surprit ces lettres fatales, et parut sans aucun soupçon jusqu’au moment terrible qu’elle avait marqué pour la vengeance.

« Cette horrible aventure, dit Voltaire, a laissé un opprobre éternel sur le nom de Christine ; et ceux qui ont cherché à la justifier, méritaient de lui servir de bourreaux, » — « Et moi, dit M. de Lalande, je trouve qu’une reine de trente-un ans, déshonorée par un infâme qui avait eu toute sa confiance, avait quelque droit de le punir. »

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Quels qu’aient été les torts de Monasdelchi, il ne sera pas difficile de prononcer entre Voltaire et Lalande, lorsqu’on aura lu le récit suivant ; il est d’un témoin dont il est impossible de contester la véracité : Relation de la mort du marquis de Monaldeschi, grand écuyer de la reine Christine de Suède, mis à mort dans la galerie de Fontainebleau, par ordre de cette reine, le 10 novembre 1657, écrite par le père le Bel, supérieur du couvent des Mathurins.

« Le sixième de novembre mil six cent cinquante-sept, à neuf heures et un quart du matin, la reine de Suède étant à Fontainebleau, logée à la conciergerie du château, m’envoya quérir par un de ses valets de pied : il me dit qu’il avait ordre de Sa Majesté de me mener parler à elle, en cas que je fusse le supérieur du couvent. Je lui répondis que je l’étais, et je lui dis que je m’en allais avec lui savoir la volonté de S. M. Suédoise. Ainsi, sans chercher de compagnon, de crainte de faire attendre cette reine, je suivis ce valet de pied jusqu’à l’antichambre : on m’y fit attendre un moment ; à la fin, le valet de pied étant revenu, il me fit entrer dans la chambre de la reine de Suède.

« Je la trouvai seule, et lui ayant rendu mes respects et mes très humbles soumissions, je lui demandai ce que Sa Majesté souhaitait de moi, son très humble serviteur. Elle me dit que pour parler avec plus de liberté, j’eusse à la suivre ; et étant entré dans la galerie des Cerfs, elle me demanda si elle n’avait jamais parlé à moi. Je lui répondis que j’avais eu l’honneur de faire la révérence à Sa Majesté, et l’assurer de mes très humbles obéissances, et qu’elle avait eu la bonté de m’en remercier, et non autre chose. Sur quoi cette reine me dit que je portais un habit qui l’obligeait à se fier en moi, et me fit promettre, sous le sceau de la confession, de garder et de tenir le secret qu’elle me voulait découvrir. Je fis réponse à Sa Majesté, qu’en matière de secret, j’étais naturellement aveugle et muet, et que l’étant à l’égard de toutes sortes de personnes, à plus forte raison je devais l’être pour une princesse comme elle ; et j’ajoutai que l’Ecriture dit : Qu’il est bon de tenir caché le secret du roi, Sacramentum regis abscondere bonum est.

« Après cette réponse, elle me chargea d’un paquet de papiers, cacheté en trois endroits, sans aucune inscription, et me commanda de le lui rendre en présence de qui elle me le demanderait : ce que je promis à Sa Majesté Suédoise. Elle me demanda ensuite de bien observer le temps, le jour, l’heure et le lieu qu’elle me donnait ce paquet ; et sans autre entretien je me retirai avec ce paquet, et laissai cette reine dans la galerie.

« Le samedi sixième jour du même mois de novembre, à une heure après midi, la reine de Suède m’envoya quérir par un de ses valets de chambre, lequel m’ayant mené par la porte du donjon, me fit entrer dans la galerie des Cerfs, et aussitôt que nous fûmes entrés, il ferma la porte avec tant d’empressement, que j’en fus un peu étonné. Ayant aperçu vers le milieu de la galerie la reine qui parlait à un de sa suite, qu’on appelait le marquis (j’ai su depuis que c’était le marquis de Monaldeschi), je m’approchai de cette princesse, après lui avoir fait la révérence : elle me demanda d’un ton de voix assez haut, en la présence de ce marquis et de trois autres hommes qui y étaient, le paquet qu’elle m’avait confié. Deux des trois étaient éloignés de la reine de quatre pas, et le troisième assez près de Sa Majesté.

« Elle me parla en ces termes : Mon père, rendez-moi le paquet que je vous ai donné. Je m’approchai et le lui présentai. Sa Majesté l’ayant pris et considéré quelque temps, l’ouvrit et prit les lettres, et les écrits qui étaient dedans ; elle les fit voir et lire à ce marquis ; d’une voix grave et d’un port assuré lui demanda s’il les connaissait bien : ce marquis les dénia, mais en pâlissant. Ne voulez-vous pas reconnaître ces lettres et ces écrits, lui dit-elle, n’étant à la vérité que des copies que reine elle-même avait transcrites. Sa Majesté Suédoise, ayant laissé songer quelques temps ledit marquis sur ces copies, elle tira de dessous elle les originaux, et les lui montrant, l’appela traître, et lui fit avouer son écriture et son signe ; elle l’interrogea plusieurs fois ; à quoi, ce marquis s’excusant, répondait du mieux qu’il pouvait, remettant la faute sur diverses personnes. Enfin, il se jeta aux pieds de cette reine, lui demandant pardon ; et, en même temps, les trois hommes qui étaient là présent, tirèrent leurs épées hors du fourreau, et ne les remirent qu’après avoir exécuté le marquis (ils ne le frappèrent point encore).

« Il se releva, et tira cette reine à un coin de la galerie, et tantôt à un autre, la suppliant toujours de l’entendre, et de le recevoir dans ses excuses ; Sa Majesté ne lui dénia jamais rien, mais l’écouta avec une grande patience, sans que jamais elle témoignât la moindre importunité ni aucun signe de colère. Aussitôt se tournant vers moi, lorsque le marquis la pressait le plus de l’écouter et de l’entendre : Mon père, me dit-elle, voyez, soyez témoin... S’approchant du marquis, appuyé sur un petit bâton d’ébène à poignée ronde, que je donne à ce traître et à ce perfide tout le temps qu’il veut, et plus qu’il n’en saurait désirer d’une personne offensée pour se justifier, s’il le peut.

« Le marquis, pressé par cette reine, lui donna des papiers et deux ou trois petites clefs liées ensemble qu’il tira de sa poche, de laquelle il tomba deux ou trois petites pièces d’argent ; et après une heure et plus de conférence, ce marquis ne contentant pas cette reine par ses réponses, Sa Majesté s’approcha un peu de moi, et me dit d’une voix assez élevée, mais grave et modérée : Mon père, je me retire et vous laisse cet homme, disposez-le à mourir, et ayez soin de son âme.

« Quand cet arrêt eût été prononcé contre moi, je n’aurais pas eu plus de frayeur ; et à ces mots ce marquis se jetant à ses pieds, et moi de même en lui demandant pardon pour ce pauvre marquis, elle me dit qu’elle ne le pouvait pas, et que ce traître était plus coupable et criminel que ceux qui sont condamnés à la roue ; qu’il savait bien qu’elle lui avait communiqué, comme à un fidèle sujet, ses affaires les plus importantes et ses plus secrètes pensées, outre qu’elle ne voulait point reprocher les biens qu’elle lui avait faits qui excédaient ceux qu’elle eût pu faire à un frère, l’ayant toujours regardé comme tel, et que sa conscience seule lui devait servir de bourreau.

« Après ces mots, Sa Majesté se retirant, me laissa avec ces trois qui avaient leurs épées nues, dans le dessein d’assurer cette exécution. Après que cette reine fut sortie, le marquis se jeta à mes pieds, et me conjura avec instance d’aller après Sa Majesté pour obtenir son pardon. Ces trois hommes le pressaient de se confesser avec l’épée contre les reins, sans pourtant le toucher ; et moi avec les larmes à l’œil, je l’exhortais de demander pardon à Dieu.

« Le chef des trois (Madame de Motteville dit que c’était Sentinelli, capitaine de ses gardes, et frère d’un Sentinelli favori de cette princesse, que Monaldeschi avait accusé faussement, et par jalousie, de beaucoup de crimes, et que personne ne sait sûrement. Elle ajoute que cette reine se moqua du criminel, de ce qu’il avoit peur de la mort, et l’appela poltron ; et qu’elle ordonna à cet homme de l’obliger de se confesser en le blessant) partit pour aller vers Sa Majesté pour lui demander pardon, et implorer sa miséricorde pour le pauvre marquis ; mais revenant triste de ce que sa maîtresse lui avait commandé de le dépêcher, lui dit en pleurant : Marquis, songez à Dieu et à votre âme, il faut mourir. A ces paroles, comme hors de lui, le marquis se jeta une seconde fois à mes pieds, me conjurant de retourner encore une fois vers la reine, pour tenter la voie du pardon et de la grâce : ce que je fis.

« Ayant trouvé seule Sa Majesté dans la chambre avec un visage serein et sans émotion, je m’approchai d’elle, me laissant tomber à ses pieds, les larmes aux yeux et les sanglots au cœur ; je la suppliai par les douleurs et les plaies de Jésus-Christ, de faire miséricorde et grâce à ce marquis. Cette reine me témoigna être fâchée de ne me pouvoir accorder ma demande après la perfidie et la cruauté que ce malheureux lui avait voulu faire endurer en sa personne, après quoi il ne devait jamais espérer de rémission ni de grâce, et me dit que l’on en avait envoyé plusieurs sur la roue, qui ne l’avaient pas tant mérité que ce traître (on a toujours cru que le grand crime de cet écuyer venait de quelques infidélités dans le commerce de galanterie que l’on croyait très réel entre cette reine et lui ; mais ne pourrait-on pas reprendre les choses de plus loin, et conclure, des expressions de cette reine, que peut-être Monaldeschi avait eu part aux chagrins qui la déterminèrent à abdiquer la couronne, et qui continuèrent depuis, et qu’elle n’en avait été avertie que par la communication de ces lettres, ou peut-être qu’il entretenait des liaisons avec les ennemis de cette reine, et se servait de la familiarité qu’il avait avec elle pour la rendre plus odieuse, et tramer sa perte ?).

« Voyant que je ne pouvais rien gagner par mes prières sur l’esprit de cette reine, je pris la liberté de lui représenter qu’elle était dans la maison du roi de France, et qu’elle prît bien garde à ce qu’elle allait faire exécuter, et si le roi le trouverait bon. Sur quoi Sa Majesté me fit réponse qu’elle avait cette justice en présence de l’autel, et qu’elle prenait Dieu à témoin si elle en voulait à la personne de ce marquis, et si elle n’avait pas déposé toute haine, ne s’en prenant qu’à son crime et à sa trahison qui n’aurait jamais de pareille, et qui touchait tout le monde ; outre que le roi de France ne la logeait pas dans sa maison comme une captive réfugiée, qu’elle était maîtresse de ses volontés, pour rendre et faire justice à ses domestiques en tout lieu et en tout temps, et qu’elle ne devait répondre de ses actions qu’à Dieu seul, ajoutant que ce qu’elle faisait n’était pas sans exemple.

« Je répartis à cette reine qu’il y avait quelque différence : que si les rois avaient fait quelque chose de semblable, ç’avait été chez eux et non ailleurs. Mais je n’eus pas plutôt dit ces paroles que je m’en repentis, craignant d’avoir trop pressé cette reine. Partant je lui dis encore : Madame, dans l’honneur et l’estime que vous vous êtes acquis en France, et dans l’espérance que tous les bons Français ont de votre négociation, je supplie très humblement Votre Majesté d’éviter que cette action, quoiqu’à l’égard de Votre Majesté, madame, elle soit de justice, ne passe néanmoins dans l’esprit des hommes pour violente et précipitée ; faites encore plutôt un acte généreux et de miséricorde envers ce pauvre marquis, ou du moins mettez-le entre les mains de la justice du roi, et faites-lui son procès dans les formes, vous en aurez toute la satisfaction, et vous conserverez, Madame, par ce moyen, le titre d’admirable que vous portez en toutes vos actions parmi tous les hommes. — Quoi ! mon père, me dit cette reine, moi en qui doit résider la justice absolue et souveraine sur mes sujets, me voir réduite à solliciter contre un traître domestique, dont les preuves de son crime et de sa perfidie sont en ma puissance, écrits et signés de sa propre main ! — Il est vrai, Madame, lui dis-je, mais Votre Majesté est partie intéressée. Cette reine m’interrompit et me dit : Non, non, mon père, je le vais faire savoir au roi ; retournez et ayez soin de son âme ; je ne puis en conscience accorder ce que vous me demandez ; et ainsi me renvoya.

« Mais je connus à ce changement de voix en ces dernières paroles, que si cette reine eût pu différer l’action et changer de lieu, qu’elle l’aurait fait indubitablement ; mais l’affaire était trop avancée pour prendre une autre résolution, sans se mettre en danger de laisser échapper ce marquis, et mettre sa propre vie au hasard. Dans cette extrémité, je ne savais que faire ni à quoi me résoudre : de sortir je ne pouvais, et quand je l’aurais pu, je me voyais engagé par un devoir de charité et de conscience à secourir ce marquis, pour le disposer à bien mourir. Je rentrai donc dans la galerie, et embrassant ce pauvre malheureux qui se baignait en larmes, je l’exhortai dans les meilleurs termes et les plus pressants qu’il me fût possible, et qu’il plût à Dieu de m’inspirer, de se résoudre à la mort, et de songer à sa conscience, puisqu’il n’y avait plus dans ce monde d’espérance de vie pour lui, et qu’offrant et souffrant sa mort pour la justice, il devait en Dieu seul jeter ses espérances pour l’éternité, où il trouvera ses consolations.

« A cette triste nouvelle, après avoir poussé deux ou trois grands cris, il se mit à genoux à mes pieds, et m’étant assis sur un des bancs de la galerie, il commença sa confession ; mais l’ayant bien avancée, il se leva deux fois et s’écriait. Au même instant je lui fis faire des actes de foi, renonçant à toutes pensées contraires. Il acheva sa confession en latin, français et italien , ainsi qu’il le pouvait mieux expliquer dans le trouble où il était. L’aumônier de cette reine arriva comme je l’interrogeais en l’éclaircissement d’un doute, et ce marquis l’ayant aperçu, sans attendre l’absolution, alla à lui, espérant grâce de sa faveur. Ils parlèrent bas assez longtemps ensemble, se tenant les mains et retirés en un coin ; et après leur conférence finie, l’aumônier sortant emmena avec lui le chef des trois commis pour cette exécution ; et peu après l’aumônier étant demeuré dehors, l’autre revint seul et lui dit : Marquis, demande pardon à Dieu ; car sans plus attendre il faut mourir : es-tu confessé ?

« Et lui disant ces paroles, le pressa contre la muraille du bout de la galerie où est la peinture de Saint-Germain-en-Laye, et je ne pus si bien me détourner que je ne vis qu’il lui porta un coup dans l’estomac, du côté droit ; et ce marquis le voulant parer, prit l’épée de la main droite, dont l’autre en la retirant lui coupa trois doigts, et l’épée demeura faussée ; et pour lors il dit à un autre qu’il était armé dessous, comme en effet il avait une cotte de maille qui pesait neuf à dix livres, et le même à l’instant redoubla le coup dans le visage, après lequel ce marquis cria : Mon père, mon père ! Je m’approchai de lui, et les autres se retirèrent un peu à quartier, et un genou en terre, demanda pardon à Dieu, et me dit encore quelques choses où je lui donnai l’absolution, avec la pénitence de souffrir la mort pour ses péchés, pardonnant à tous ceux qui le faisaient mourir, laquelle reçue, il se jeta sur le carreau, et en tombant, un autre lui donna un coup sur le haut de la tête, qui lui emporta des os, et étant étendu sur le ventre, faisait signe et marquait qu’on lui coupât le col, et le même lui donna deux ou trois coups sur le col sans lui faire grand mal, parce que la cotte de maille qui était montée avec le collet du pourpoint para et empêcha l’excès du coup.

« Cependant je l’exhortais de se souvenir de Dieu, et d’endurer avec patience, et autres choses semblables. En ce temps-là le chef me vint demander s’il ne le ferait pas achever ? Je le rembarrai rudement, et lui dit que je n’avais point de conseil à lui donner là-dessus ; que je demandais sa vie et non pas sa mort. Sur quoi il me demanda pardon, et confessa avoir eu tort de m’avoir fait une telle demande.

« Sur ce discours le pauvre marquis qui n’attendait qu’un dernier coup (toute la cour, dit madame de Motteville, se moqua du pauvre mort, qui avait bien su prendre la précaution inutile de se garnir d’une cotte de maille, et n’avait pas eu assez de courage pour se défendre ou se sauver. II fallait en effet que cette reine le connût bien), entendit ouvrir la porte de la galerie, reprenant courage, se retourna, et ayant vu que c’était l’aumônier qui entrait, se traîna du mieux qu’il put, s’appuyant contre le lambris de la galerie, demanda à parler à lui. L’aumônier passa à la main gauche de ce marquis, moi étant à la droite, et le marquis se tournant vers l’aumônier, et joignant les mains, lui dit quelques choses comme se confessant, et après l’aumônier lui dit de demander pardon à Dieu, et après m’avoir demandé permission, il lui donna l’absolution, ensuite se retira, me disant de demeurer auprès du marquis, et qu’il s’en allait voir la reine de Suède.

« En même temps celui qui avait frappé sur le col dudit marquis, et qui était avec l’aumônier à sa gauche, lui perça la gorge d’une épée assez longue et étroite, duquel coup, le marquis tomba sur le côté droit, et ne parla plus, mais demeura plus d’un quart d’heure à respirer, durant lequel je lui criais et l’exhortais du mieux qu’il m’était possible. Et ainsi ce marquis ayant perdu son sang, finit sa vie à trois heures trois quarts après midi. Je lui dit le De profundis avec l’oraison ; et après, le chef des trois lui remua une jambe et un bras, déboutonna son haut-de-chausse et son caleçon, fouilla dans son gousset, et ne trouva rien, sinon en sa poche un petit livre d’heures de la Vierge et un petit couteau. Ils s’en allèrent tous trois et moi après, pour recevoir les ordres de Sa Majesté.

« Cette reine, assurée de la mort dudit marquis, témoigna du regret d’avoir été obligée de faire faire cette exécution en la personne de ce marquis ; mais qu’il était de la justice de le faire pour son crime et sa trahison, et qu’elle priait Dieu de lui pardonner. Elle me commanda d’avoir soin de le faire enlever de là, et de l’enterrer, et me dit qu’elle voulait faire dire plusieurs messes pour le repos de son âme. Je fis faire une bière, et le fis mettre dans un tombereau à cause de la brume, de la pesanteur et du mauvais chemin, et le fis conduire à la paroisse d’Avon par mon vicaire et chapelain, assisté de trois hommes, avec ordre de l’enterrer dans l’église, près du bénitier : ce qui fut fait et exécuté à cinq heures trois quarts du soir

« (Toute la cour, dit encore madame de Motteville, eut horreur d’une telle vengeance. Ceux qui avaient estimé cette reine, furent honteux de lui donner des louanges, et on la laissa longtemps à Fontainebleau pour lui montrer le mépris qu’on avait pour elle. Cependant des particuliers qui avaient vu cette reine à Fontainebleau, ont assuré que le roi Louis XIV y était venu peu de jours après, incognito ; qu’il avait parlé à cette reine, et qu’elle était partie presque aussitôt pour Rome ; ce qui fit croire que c’était la vraie cause de sa sortie du royaume).

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« Le lundi, douzième jour de novembre, cette reine envoya cent livres, par deux de ses valets de chambre, au couvent, pour prier Dieu pour le repos de l’âme dudit marquis ; duquel mardi, treizième dudit mois, on publia le service par le son des cloches, qui fut célébré le mercredi quatorzième, avec toute la solennité et la dévotion, dans l’église paroissiale d’Avon, où ce marquis est enterré, et continuâmes un credo, et les messes que cette reine avait donné ordre de dire, pour supplier la bonté divine qu’il lui plaise de mettre l’âme de ce pauvre défunt dans son paradis. »

Christine de Suède, par Sébastien Bourdon

Christine de Suède refusant d'épargner son écuyer Monaldeschi, par Félicie de Fauveau
Plaque tombale du marquis de Monaldeschi (église Saint-Pierre à Avon)

08:15 Publié dans 1657, Novembre | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | | |

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