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mercredi, 16 novembre 2016

16 novembre 1664: La Mauresse de Louis XIV

 


Le 16 novembre 1664, plusieurs dignitaires de la cour attendent, autour du lit, dans la chambre du Louvre où la reine Marie-Thérèse est en train d’accoucher. L’épouse de Louis XIV est bien malade depuis quelque temps, d’où cet aréopage de personnalités. Quand la délivrance vient enfin, stupeur ! Le bébé qui sort du ventre royal n’est pas du rose attendu, mais une petite fille… noire. L’abbé de Gordes, aumonier de la reine, s’évanouit pendant que Monsieur (le frère du roi) fait une moue de dégoût. Bourbon-Condé, un des plus importants princes de sang, se met à rire nerveusement et toute l’assistance à sa suite, comme le rapportera dans ses Mémoires M lle de Montpensier, la cousine germaine du Roi-Soleil.

Selon le journaliste de France Télévisions Serge Bilé, qui a enquêté quatre ans autour de cette énigme méconnue de l’histoire de France, c’est vers Nabo, l’un des nains préférés de la reine, que convergent aussitôt les soupçons. « C’était une pratique de l’époque d’avoir des nains à la cour. Notamment à celle d’Espagne où a grandi l’infante Marie-Thérèse. On ne sait pas très bien qui a donné l’esclave. Il s’agit peut-être un cadeau d’ambassadeurs du Dahomey (Bénin actuel) », explique Serge Bilé, qui vient de consacrer un livre à ce mystère*.

La reine, que l’on dit si pieuse…

Quoi ? Nabo ne se serait donc pas contenté de chastes pirouettes et d’innocentes facéties ? Comment la reine, qu’on dit si pieuse, a-t-elle pu s’enticher de son petit page noir ? « Ce n’est pas si étonnant, rétorque l’auteur. Il y avait entre les maîtresses et leurs esclaves une vraie proximité. Elles se laissaient parfois toucher des parties de leur corps. Ces jeux ont pu devenir vraiment charnels, d’autant que Louis XIV, infatigable coureur, délaissait sa femme. »

Pour enrayer le scandale qui se propage à la cour, on tente d’étouffer l’affaire, en vain. « On annonça sa mort, mais la petite fille noire fut envoyée loin de Paris, en province — peut être près de Cahors — sous la responsabilité d’un valet de confiance. » Adolescente, elle réapparaît chez les chanoinesses de l’abbaye Notre-Dame de Meaux, puis entre dans un couvent de bénédictines, aujourd’hui disparu, à Moret-sur-Loing, près de Fontainebleau. C’est dans cet édifice borgne que grandit la légende de la Mauresse de Moret, suscitant la curiosité de Saint-Simon ou de Voltaire, qui ira voir, comme beaucoup d’autres, cette religieuse « extrêmement basanée ». Il quittera le couvent avec la quasi-certitude qu’elle est la fille du roi. Ce dont elle-même s’était à tort persuadée, après les confidences malencontreuses d’un curé.

Quand elle devient religieuse en 1695 en prenant le nom de sœur Louise-Marie-Thérèse, c’est en présence de plusieurs hauts personnages. Dont sa mère, qui venait régulièrement de Versailles mais ne se laissait jamais aller à des effusions maternelles. « Elle a eu jusqu’à la fin une vie sans relief, conclut Bilé. Celle d’un destin sacrifié. »

Pascal Villebeuf et Charles de Saint Sauveur

* « La Mauresse de Moret », de Serge Bilé (Ed. Pascal Galodé)

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