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mardi, 05 septembre 2017

05 septembre 1684

Mardi 

 

Le marquis de Richelieu, qui avoit enlevé mademoiselle de Mazarin il y a deux ans, et qui s'étoit retiré en Angleterre, fit sa paix avec M. de Mazarin qui lui donne en mariage cent mille francs et le gouvernement

RÉGIMENTS

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Béarn

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Périgord

COLONELS

Folleville

Goesbriant

Montchevreuil
Pomponne

Vibrais

Bellefonds

Chamarande

 


de la Fère, à condition qu'il l'épousera une seconde fois
dès qu'ils seront revenus en France. On apprit la mort
du président d'Onneville. M. Roze*, secrétaire du cabi-
net, acheta la charge du président Berault 200,000
livres. Le dessein de M. Roze est de pouvoir faire passer
cette charge à son fils. En allant à la messe, le roi ditau
chevalier de Lorraine « M. de Commercy nous a quitté il
est allé en Hongrie. » Il avoit une compagnie de cavalerie
dans les troupes du roi et partit sans en rien dire.—
Le roi fit ce jour-là encore quatorze régiments comme
les derniers qu'il avoit faits, les six colonels de hier et ces
quatorze-ci prendront leur rang selon leur ancienneté de
commission de capitaines, et ceux qui ne l'étoient point
seront les derniers. Voici leurs noms sans ordre
Le Camus, Pelot, Amanzé, Kercado, Breauté, Charost, Va-
lentinois, d'Antin, de Lus, Biron, Polignac, tous les onze
capitaines dans le régiment du roi; Martigny et Blain-
ville, de Picardie; Saint-Pater, Chemerault et Châteaure-
nault, du Dauphin; le chevalier d'Hautefort, d'Anion, le
duc de Villars et Mailly, volontaires.

 

*Rose, secrétaire du cabinet, l'avoit été du cardinal Mazarin, et de
beaucoup de confiance et d'intrigues.Il étoit hardi et plein d'esprit et de
bons mots, dangereux, considéré, bon ami. Il avoit une terre joignant
Chantilly, que M. le Prince, le dernier, vouloit avoir, et que Rose, très-
riche, ne vouloit pas vendre. A la suite de bien des niches et de procé-
dés pour l'y réduire, M. le Prince s'avisa de faire chercher partout des
renards en vie et d'enfaire jeter trois ou quatre douzaines par dessus la
muraille dans son parc. Rose, outré, n'en fitpas deux fois, il vint
trouver le roi, et avec cette ancienne familiarité qu'il avoit su se mé-
nager, il lui dit d'abordée Sire, je viens vous demander s'il y a en
« France un autre roi que vous. » Le roi surpris, comme on le peut
croire, demande à qui il en a. Rose lui conte le tour de M .le Prince
et lui en demanda justice, et il l'eût. Le roi se fâcha sérieusement, or-
donna à M. le Prince de faire prendre, tous les renards et de bien vivre
avec Rose. Oncques depuis il ne reçut que des caresses de M. le Prince
et plus de propositions sur sa terre mais Rose ne se pouvoit tenir sur
lui. Dans les derniers temps de sa vie, le roi alloit à la messe avant le
conseil, et sur la fin de sa messe, les ministres s'assembloient dans sa
chambre, les gens de considération prenoient souvent le temps de
leur dire un mot, en attendant qu'ils entrassent au conseil. Rose re-
marqua que M. le Prince, fort bas pour ceux dont il pouvoit avoir la
moindre affaire, les y courtisoit tous assidûment dans ce temps-là,
tout à coup il s'en va à lui avec cette privance qu'il avoit toute sa vie usur-
pée, et le prenant par le bouton « Monsieur, lui dit-il, en souriant avec
« malice et lui faisant son petit œil, je vous vois tourner ici tous ces
« messieurs tous les jours je vous connois ce n'est pas pour rien.
« Est-ce que vous voudriez vous faire premier Prince du sang ou
« grand-maitre de France ? Quelque plein d'esprit que fût M. le Prince
il fut tellement étourdi de la sottise qu'il ne put répondre un mot il
en rit comme il put, l'assistance tant qu'ellr osa, et Rose de toute sa
force. Rose avoit la plume c'est-à-dire qu'il faisoit les lettres de la
main du roi. Jamais homme ne l'a fait si bien, si proportionnément, ni si
dignement écrire, et n'a mieux contrefait l'écriture du roi; c'étoit à s'y
méprendre en les confrontant toutes deux, la fausse et la véritable. On
ne finiroit pas sur ce bonhomme-là; mais encore celui-ci sa petite fille
avoit épousé Portail, devenu longtemps depuis président à mortier et
premier président. Elle étoit fort riche et attendoit de grands biens de
Rose, qui l'étoit infiniment aussi elle se trouvoit mal mariée au petit-
fils du premier chirurgien de Louis XIII, et disoit plaisamment qu'elle
en étoit restée au Portail. Sa conduite répondant à ses plaintes, son
beau-père, conseiller en la grand'chambre porta les siennes à Rose avec
peu de succès, et les redoubla tant que le bonhomme ennuyé lui dit enfin
qu'ilavoitraison qu'il étoit plus en colère que lui que sa petite-fille étoit
une coquine, et que si elle lui donnoit lieu de lui en parler davantage,
il la déshériteroit. Onques depuis il n'ouït parier de plainte, et si sa
petite-fille ne se corrigea pas.

00:04 Publié dans 1684, Septembre | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook | | | |

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