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vendredi, 10 février 2017

10 février 1638: Le roi très chrétien Louis XIII voue le royaume de France à la Vierge

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Le Vœu de Louis XIII, Guillaume et Nicolas Coustou, Antoine Coysevox, 1712-1723, Paris (75), cathédrale Notre-Dame.

Le roi très chrétien voue le royaume de France à la Vierge par un acte législatif

 

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Le Vœu de Louis XIII, Philippe de Champaigne, 1638, Caen (14), Musée des Beaux-Arts.

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Le Vœu de Louis XIII, Gilles Rousselet (d’après Claude Vignon), vers 1638

Consécration de la France à la Sainte Vierge

 

Louis, par la grâce de Dieu, roi de France et de Navarre, à tous ceux qui ces présentes lettres verront, salut. Dieu, qui élève les rois au trône de leur grandeur, non content de nous avoir donné l'esprit qu'il départ à tous les princes de la terre pour la conduite de leurs peuples, a voulu prendre un soin si spécial et de notre personne et de notre Etat, que nous ne pouvons considérer le bonheur du cours de notre règne sans y voir autant d'effets merveilleux de sa bonté que d'accidents qui nous menaçaient. Lorsque nous sommes entré au gouvernement de cette couronne, la faiblesse de notre âge donna sujet à quelques mauvais esprits d'en troubler la tranquillité ; mais cette main divine soutint avec tant de force la justice de notre cause que l'on vit en même temps la naissance et la fin de ces pernicieux desseins. En divers autres temps, l'artifice des hommes et la malice du démon ayant suscité et fomenté des divisions non moins dangereuses pour notre couronne que préjudiciables à notre maison, il lui a plu en détourner le mal avec autant de douceur que de justice ; la rébellion de l'hérésie ayant aussi formé un parti dans l'Etat, qui n'avait d'autre but que de partager notre autorité, il s'est servi de nous pour en abattre l'orgueil, et a permis que nous ayons relevé ses saints autels, en tous les lieux où la violence de cet injuste parti en avait ôté les marques. Si nous avons entrepris la protection de nos alliés, il a donné des succès si heureux à nos armes qu'à la vue de toute l'Europe, contre l'espérance de tout le monde, nous les avons rétablis en la possession de leurs Etats dont ils avaient été dépouillés. Si les plus grandes forces des ennemis de cette couronne se sont ralliées pour conspirer sa ruine, il a confondu leurs ambitieux desseins, pour faire voir à toutes les nations que, comme sa Providence a fondé cet Etat, sa bonté le conserve, et sa puissance le défend. Tant de grâces si évidentes font que pour n'en différer pas la reconnaissance, sans attendre la paix, qui nous viendra de la même main dont nous les avons reçues, et que nous désirons avec ardeur pour en faire sentir les fruits aux peuples qui nous sont commis, nous avons cru être obligés, nous prosternant aux pieds de sa majesté divine que nous adorons en trois personnes, à ceux de la Sainte Vierge et de la sacrée croix, où nous vénérons l'accomplissement des mystères de notre Rédemption par la vie et la mort du Fils de Dieu en notre chair, de " nous consacrer à la grandeur de Dieu " par son Fils rabaissé jusqu'à nous et à ce Fils par sa mère élevée jusqu'à lui ; en la protection de laquelle nous mettons particulièrement notre personne, notre état, notre couronne et tous nos sujets pour obtenir par ce moyen celle de la Sainte Trinité, par son intercession et de toute la cour céleste par son autorité et exemple, nos mains n'étant pas assez pures pour présenter nos offrandes à la pureté même, nous croyons que celles qui ont été dignes de le porter, les rendront hosties agréables, et c'est chose bien raisonnable qu'ayant été médiatrice de ces bienfaits, elle le soit de nos actions de grâces.

A ces causes, nous avons déclaré et déclarons que, prenant la très sainte et très glorieuse Vierge pour protectrice spéciale de notre royaume, nous lui consacrons particulièrement notre personne, notre état, notre couronne et nos sujets, la suppliant de nous vouloir inspirer une sainte conduite et défendre avec tant de soin ce royaume contre l'effort de tous ses ennemis, que, soit qu'il souffre le fléau de la guerre, ou jouisse de la douceur de la paix que nous demandons à Dieu de tout notre cœur, il ne sorte point des voies de la grâce qui conduisent à celles de la gloire. Et afin que la postérité ne puisse manquer à suivre nos volontés à ce sujet, pour monument et marque immortelle de la consécration présente que nous faisons, nous ferons construire de nouveau le grand autel de l'église cathédrale de Paris, avec une image de la Vierge qui tienne entre ses bras celle de son précieux Fils descendu de la croix ; nous serons représenté aux pieds du Fils et de la Mère, comme leur offrant notre couronne et notre sceptre (1).

Nous admonestons le sieur Archevêque de Paris, et néanmoins lui enjoignons, que tous les ans, le jour et fête de l'Assomption, il fasse faire commémoration de notre présente Déclaration à la Grande Messe qui se dira en son église cathédrale, et qu'après les Vêpres dudit jour il soit fait une procession en ladite église, à laquelle assisteront toutes les compagnies souveraines, et le corps de la ville, avec pareille cérémonie que celle qui s'observe aux processions générales plus solennelles. Ce que nous voulons aussi être fait en toutes les églises tant paroissiales, que celles des monastères de ladite ville et faubourgs ; et en toutes les villes, bourgs et villages dudit diocèse de Paris.

Exhortons pareillement tous les Archevêques et Evêques de notre royaume, et néanmoins leur enjoignons de faire célébrer la même solennité en leurs églises épiscopales, et autres églises de leurs diocèses; entendant qu'à ladite cérémonie les cours de parlement, et autres compagnies souveraines, et les principaux officiers des villes y soient présents. Et d'autant qu'il y a plusieurs églises épiscopales qui ne sont point dédiées à la Vierge, nous exhortons lesdits archevêques et évêques en ce cas, de lui dédier la principale chapelle desdites églises, pour y être faite ladite cérémonie; et d'y élever un autel avec un ornement convenable à une action si célèbre, et d'admonester tous nos peuples d'avoir une dévotion toute particulière à la Vierge, d'implorer en ce jour sa protection, afin que, sous une si puissante patronne, notre royaume soit à couvert de toutes les entreprises de ses ennemis, qu'il jouisse longuement d'une bonne paix; que Dieu y soit servi et révéré si saintement que nous et nos sujets puissions arriver heureusement à la dernière fin pour laquelle nous avons tous été créés; car tel est notre bon plaisir.

Donné à Saint-Germain-en-Laye, le dixième jour de février, l'an de grâce mil-six-cent-trente-huit, et de notre règne le vingt-huitième.


Louis.


(1) : Louis XIII mourut sans avoir pu mettre la main au monument qu'il avait projeté ; mais Louis XIV se chargea d'acquitter la dette de son père. La décoration du chœur de Notre-Dame, entreprise par ce prince, ne fut terminée qu'en 1714. Marie est représentée assise au pied de la croix, tenant le Christ mort sur ses genoux ; à droite Louis XIII, et à gauche Louis XIV, qui avait voulu se réunir à son père dans cet acte solennel, offrent leur couronne à la Vierge. A la suite de la révolution de 1830, les statues des deux rois, œuvre de Nicolas Coustou, de Guillaume, son frère, et de Coysevox, furent déposées, par mesure de précaution, dans les musées de l'Etat ; elles ont repris depuis leur place, dans le chœur de Notre-Dame.
 

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Le Vœu de Louis XIII, Simon Vouet (et atelier), 1633 (?), Neuilly-Saint-Front (02), mairie

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« En Jésus et Marie notre amour est uni » (ou Déploration sur le Christ mort avec Louis XIII et Anne d’Autriche), Claude Vignon, 1634, Amiens (80), Musée de Picardie.

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Le Vœu de Louis XIII, anonyme, xviie s., Antigny-la-Ville (21), église de l’Assomption.

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Le Vœu de Louis XIII, François Mimault, 1639, La Penne (06), église Saint-Pierre.

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Les Vœux du Roi et de la Reine, Abraham Bosse, 1638.

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Les Vœux du Roi et de la Reine, Grégoire Huret, 1638.

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L’Adoration et offrande de la France au Dauphin des Cieux, anonyme (d’après Juste d’Egmont), 1640.

 

 

 

samedi, 03 décembre 2016

Guillaume Castanier d’Auriac (Carcassonne)

Carcassonne

Le blason du conseiller de Louis XIV mis au jour

YANNICK BONNEFOY
Le chœur, la nef et la chaire de l’église ont été entièrement rénovés, avec une mise en lumière conséquente.
Le chœur, la nef et la chaire de l’église ont été entièrement rénovés, avec une mise en lumière conséquente. (PHOTOS Y. B.)
 

Il aura fallu près de deux ans de rénovation et de restauration, pour que la petite église Sainte-Cécile, à Cuxac-Cabardès, livre des trésors jusqu’alors inconnus des paroissiens, tels que des culs de lampe, des blasons, ou encore des sculptures, dont la plus ancienne est datée de la fin des guerres de religion, en 1597.

 

Des trésors cachés par des travaux successifs au fil des siècles, qui ont également permis de découvrir une litre funèbre, peinte sous le porche et tout le long de la façade sud de l’église, en 1765, suite au décès de Guillaume Castanier d’Auriac, maire de la ville de Carcassonne, seigneur de Cuxac-Cabardès et conseiller du roi Louis XIV.

 

"Au niveau du porche, nous avons découvert une bande noire, sur laquelle apparaissaient des dessins représentant un croissant et de deux étoiles", se souvient Jean-Claude Béteille, maire de Cuxac-Cabardès. Cherchant à en savoir plus, l’atelier Baudin Savreux, spécialisé dans la restauration des châteaux et des églises, a ainsi pu établir que ces dessins n’étaient autres que les véritables armoiries de Guillaume Castanier, qui fonda la manufacture de draps de Cuxac-Cabardès.

 

"À cette époque, raconte Jean-Claude Béteille, les seigneurs avaient le droit de litre. Nous savons donc que c’est pour rendre hommage à cette personnalité de l’Histoire du Languedoc, que cette litre, composée d’une bande noire avec les armoiries du défunt (un châtaignier vert et un chef d’azur chargé d’argent accosté de deux étoiles d’or), a été réalisée."

 

Outre la découverte de cette litre funèbre sur la façade sud de l’église, la restauration a également permis de mettre au jour une vierge et une peinture qui n’ont pas encore été datées.

Tout ce que l’on peut dire aujourd’hui, c’est que l’église actuelle, datée du XIVe siècle, à l’époque rayonnante du gothique, a été bâtie sur une église du IXe siècle. "On la retrouve en 1249, sous le nom de Sainte-Cécile de Cucciaco", indique le maire, pas peu fier de cette trouvaille.

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Guillaume CASTANIER d'AURIAC

Conseiller d'Etat (1751-1765)

  • Né le 23 décembre 1702 à Carcassonne (11)
  • Décédé le 3 décembre 1765 à Fontainebleau (77) à l’âge de 62 ans

Parents

 

Commissaire aux requêtes du Pt de Toulouse 1722, conseiller au même Pt 1724, maître des requêtes 1729, secrétaire des commandements de la reine 1736-1757, président au Grand Conseil 1745, Conseiller d'Etat 1751, premier président du Grand Conseil 1753...(Promethée)

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mardi, 29 novembre 2016

29 novembre 1648: Pierre de Bertier de Montrabé

29 novembre 1648 et 30 novembre 1648

 

Le Roi et la Reine assistent à la prédiction d'avent de l'évêque d'Ultique, Pierre de Bertier de Montrabé, coadjuteur de Montauban

 

Pierre de Bertier

Évêque de Montauban (1652-1674)

Parents

 

célèbre orateur ; fut choisi en 1634 par les Etats du Languedoc, assemblés à Carcassonne, pour porter au roi le cahier de doléances de la province

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mercredi, 09 novembre 2016

09 novembre 1697: Louis d'Anglure

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Louis d'Anglure

conseiller d'État

Évêque de Fréjus (1679-1680)

Évêque de Carcassonne (1680-1681)

Archevêque de Bordeaux, Primat d'Aquitaine (1680-1697)

Parents


Louis Anglure de Bourlemont naquit en 1617 à Anglure, diocèse de Troie (Troyes). Il fut pendant vingt-deux ans auditeur de rote à Rome pour la France. Nommé à l’évêché de Tournai (1668) qu'il refusa, puis à l'évêché de Lavaur (1669) qu'il refusa aussi, il accepta celui de Fréjus (17 juillet 1679) ; mais il eut à peine le temps d'en faire prendre possession, et en avril 1680, il fut préconisé évêque de Carcassonne. Là non plus, il ne fut pas installé, et au mois de septembre de la même année, il eut sa nomination à l'archevêché de Bordeaux, où il mourut le 9 novembre 1697, à l'âge de 70 ans.

 

Armes :

Écartelé au 1er et au 4° d'or, semé de grillets d'argent soutenus de croissants de gueules, qui est d'Anglure ; au 2° et 3° de gueules à trois pals de vair, au chef d'or chargé d'une merlette de sable, qui est Chatillon sur le tout, fascé d'argent et de gueules de 8 pièces qui est Bourlemont.

 

On trouve ces armes décrites et peintes dans l'Histoire de la Primatiale de Bordeaux, par le chanoine Lopez, annotée par le chanoine Callen.

dimanche, 23 octobre 2016

23 octobre 1715: Funérailles de Louis XIV à la basilique Saint-Denis

vendredi 23 octobre le Roi sera inhumé à la basilique de saint-Denis

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FUNERAILLES

 

Après que sa dépouille eut été exposée durant huit jours dans le salon d'Hercule, il fut transporté de nuit le 9 (pour éviter que la population ne fît la fête sur le passage du cortège funèbre)23 à Saint-Denis, où il fut inhumé, muni des sacrements de l'Église catholique, comme se devait de l'être ce "Roi Très Chrétien"

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Les officiers de la Maison du Roi ont veillé le corps pendant 40 jours

On trouve dans l’éphéméride du mois d’août de l'Almanach royal de 171524, une mention manuscrite qui relate les circonstances des derniers jours du roi :

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« On crut le Roy mort dez le Lundy 2525.Il se porta
mieux un jour ou deux quoyque sans esperance. Il est mort après avoir beaucoup souffert et avec une grandpatience le Dimanche 1r sept a 8 h. du matin Mr le Duc d’Orleans alla au Parlt [Parlement] et fut declaré
Regent le 2. septe »

 

Basilique Saint-Denis (Seine-Saint-Denis)

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Décor grandiose pour les funérailles du roi , comparables à celles de la reine Marie-Thérèse

Le cérémonial des funérailles de Louis XIV

Les obsèques d'Henri IV furent les dernières funérailles où toute la pompe funèbre de la vieille monarchie respecta l'antique protocole.

C'est la dernière fois que l'image du souverain en mannequin de cire fut de rigueur.


Les funérailles de Louis XIII, elles, marquèrent une rupture vers une plus grande simplicité.

En outre, le XVII° siècle délaissa la tradition des grands monuments funéraires.

Les Bourbons se contentèrent du caveau de la crypte centrale de l'abbatiale, où les cercueils de plomb reposaient sur des tréteaux de fer.

 

Le dernier monarque décédé attendait son successeur au bas de l'escalier donnant accès au caveau.

Toutefois, même sans retour à la totalité de l'ancien rituel, le règne de Louis XIV remit la splendeur des pompes funèbres royales à l'ordre du jour, notamment grâce à de somptueux décors.

Le corps de a été placé dans un catafalque grandiose


En novembre 1669 fut érigée à Saint-Denis la première "machine" à l'italienne, spectacle funéraire spectaculaire, pour les funérailles d'Henriette-Marie de France, fille d'Henri IV et veuve de Charles I° roi d'Angleterre.

 

Ce mausolée fut ensuite transporté à Notre-Dame pour un autre service funèbre en l'honneur de cette reine.

 

C'était la première fois qu'une telle construction apparaissait, à Saint-Denis et à Notre-Dame, aux frais de la couronne.


Mais c'est avec les obsèques de la reine Marie-Thérèse en 1683 que le summum fut atteint.

 

Aucun autre personnage du Grand siècle, pas même le roi, ne fut honoré, post mortem, d'une telle profusion de décors éphémères, à l'exemple de l'urne gigantesque soutenue par quatre figures allégoriques drapées , rappelant les Vertus de la reine (Foi, Espérance, Charité, Piété), environnées de torchères.


Les funérailles du prince de Condé (1687) et du Grand Dauphin (1711) furent toutefois très somptueuses.


Autant dire que celles de Louis XIV étaient bien rodées.


La chambre du trépas de Louis xiv, Roy de France, décédé à Versailles le premier septembre 1715 © BNF


Après avoir été embaumée et exposée plusieurs jours sur le lit de parade dans le salon de Mercure à Versailles, la dépouille mortelle du roi était confiée au cortège funèbre qui devait la conduire à Saint-Denis.

 

Les rois d'armes ou hérauts de France marchaient en tête suivis des délégations des ordres religieux et des paroisses de Paris, des chanoines de Paris et de la Sainte Chapelle, des gentilshommes de la maison du roi défunt portant des cierges.


Le corps du roi, qui avait été levé par le cardinal de Rohan, quitta Versailles le 9 au soir, après que les vêpres eurent été célébrées par la musique de la chapelle.


On mit le cercueil sur un chariot d’armes escorté par la plus ancienne et la plus fidèle compagnie de la garde, celles des Écossais.

 

Le cortège était composé exactement selon le même ordre que celui des rois précédents, avec en tête, le capitaine des gardes, les carrosses des principaux officiers de la maison, celui des écuyers du duc d’Orléans.

 

Suivaient le maître des cérémonies, les mousquetaires noirs et les mousquetaires gris, les chevaux-légers, deux des célèbres carrosses de Louis XIV, vastes et couverts de dorures

 

On prêta, pour la circonstance, le premier aux aumôniers, au confesseur (le P. Le Tellier) et au curé de la paroisse (Versailles), le second au duc d’Orléans, au cardinal de Rohan, aux ducs.

Le cercueil de Louis XIV longtemps convoyé par les porteurs de sel de Paris reposait sur une riche litière surmontée d'un dais.

 

Les cordons du poêle étaient tenus par quatre présidents au parlement de Paris. Les princes du Sang se plaçaient aux quatre coins de la bière.

 

Ils étaient flanqués, de part et d'autre, par les membres du parlement que suivaient les membres de la chambre des comptes, du Châtelet, de la ville et de l'université.

 

Il y avait aussi quatre aumôniers à cheval, le prince Charles de Lorraine, grand écuyer, et le duc de Villeroy, capitaine des gardes du corps, les gardes et les gendarmes à cheval.


Derrière le convoi, l'archevêque de Paris était flanqué des princes menant le deuil, puis des Grands du royaume, et enfin des ambassadeurs.


Un groupe de pauvres portant des torches fermait la marche.


L'abbé de Saint-Denis recevait jadis au Lendit le corps du Roi.

 

Mais en 1715, ce fut le Grand Prieur. Louis XIV avait en effet supprimé l'abbé commendataire (le dernier d’entre eux fut Jean-François-Paul de Gondi, cardinal de Retz, mort en 1679), mis la main sur la riche mense abbatiale et dévolu celle-ci en 1686 à la Maison de Saint-Cyr, sans d’ailleurs porter atteinte ni à la mense conventuelle, ni aux ressources alimentant le service du culte.

 

Depuis 1686, les dames de Saint-Cyr étaient donc devenues conseigneurs de Saint-Denis de concert avec les bénédictins. Louis XIV avait, enfin, réglé de façon plus restrictive qu’auparavant les dons aux moines lors des pompes funèbres royales, mesure que le chapitre avait ressentie avec amertume, la considérant comme un nouvel empiètement sur des privilèges très anciens. Mais les moines firent malgré tout les choses de bonne grâce, accomplissant leur devoir.

Contrairement à ce qu’affirme Saint-Simon – mais que n’a-t-il pas écrit ! -le transport diurne, de Versailles à Paris, des entrailles et du cœur de Louis XIV, selon le cérémonial traditionnel, ne souleva pas le moindre accident.

Le corps était ensuite accompagné par l'archevêque jusqu'au grand portail de l'église abbatiale. Les religieux de Saint-Denis, venus à « la Croix penchée », précédèrent en procession le chariot jusqu’à la porte de la ville, où fut entonné le Libera me, Domine.

 

Puis on gagna la basilique, au seuil de laquelle le cardinal de Rohan, présentant le cercueil au prieur, prononça une allocution dont les termes élevés montrent combien l’ambiance émue de la cérémonie était à l’opposé des affirmations de Saint-Simon :
« Savants et saints religieux, nous venons déposer ce qui nous reste d’un des plus grands rois qui aient gouverné cette puissante monarchie. Nous venons, par l’abaissement et par l’anéantissement des grandeurs les plus éclatantes, rendre hommage à Celui qui est, a été et sera éternellement. La postérité la plus reculée conservera la mémoire de Louis le Grand, le victorieux, le pacifique, l’asile et le protecteur des rois. Appliqué depuis longtemps aux exercices d’une piété pure et sincère, occupé tout entier des devoirs de la religion, ne songeant qu’aux moyens de soulager ses peuples abattus sous le poids d’une guerre aussi longue et pénible qu’elle fut nécessaire, ce grand prince a consommé sa course avec une fermeté et une religion dont il est peu d’exemples. Nous en avons été les tristes témoins.
Loin de s’écrier, dans ses dernier moments : « O mort, que ton souvenir est amer à l’homme qui jouit paisiblement de ses richesses », il ne pleura jamais sur lui-même ; s’il versa quelques larmes, il ne les donna qu’à la douleur de ceux qui l’environnaient ; doux et tranquille, mais sans faiblesse ».


Le 10 septembre, un service solennel associa, dans la basilique tendue de noir, tous ceux qui avaient participé au convoi et les moines.

Une stricte étiquette présidait à la répartition des personnalités et des délégations à l'intérieur de la basilique.


Le cercueil royal était déposé dans une chapelle ardente qui avait été préparé au chevet de l'église, et les Vêpres des morts étaient chantées.


chapelle ardente dressée pour les obsèque de Louis XIV au chevet de l'abbatiale de saint-Denis (1715) © BNF



Le dépôt mortuaire durait 40 jours, jusqu'au 23 octobre, pendant lesquels se déroulait un perpétuel office.

Dans l'intervalle, le garde-meuble de la couronne achevait de tendre de tapisseries l'intérieur de la basilique, de garnir la nef du haut en bas, et d'orner le catafalque royal traditionnellement placé sur la sépulture de Philippe Auguste.


Chaque jour, le matin, à midi, le soir, on sonnait le trépas du Roi.
La grande salle capitulaire de l'abbaye - actuel atelier de dessin de la maison de la Légion d'Honneur - accueillait les militaires de service.

 

Les gardes du corps du Roi séjournaient dans l'actuelle chapelle où un catafalque secondaire avait été érigé.


Pendant les 40 jours du dépôt, une table avait été dressée dans la Salle des Gardes.

 

Devant elle, un fauteuil d'apparat demeurait vide et, au moment du dîner, le héraut annonçait :

"Le Roi est servi ... le Roi est mort !"

Le jour de l'inhumation, le grand aumônier du roi et le régent, entouré des moines et du Grand prieur, présidèrent la cérémonie, prenant place dans une stalle ornée de velours violet.


Les gardes suisses étaient répartis dans le choeur de l'abbatiale, alors que les gardes du corps entouraient le catafalque.


Chaque membre de la cour avait pris place selon son rang.


Le cercueil avait quitté la chapelle ardente pour prendre place au premier étage de l'immense catafalque dont le volume évoquait un obélisque reposant sur un lourd coffrage.

 

Les degrés étaient garnis de cierges ardents, pourvus aux angles de figures allégoriques et, au registre inférieur, de statues colossales symbolisant les vertus du prince décédé.

 

Une draperie noire, semée de fleurs de lys, de larmes, et de cartouches d'argent brodé, garnissait l'ensemble.


L’évêque de Castres, M. de Beaujeu, prononça l’oraison funèbre, tandis qu’au même moment s’en prononçaient d’autres à Notre-Dame de Paris, aux Jésuites, à la Sainte-Chapelle (où le célèbre Massillon parla à la demande de la chambre des comptes), à Saint-Jean-de-Grève, etc.


La messe des morts se déroula ainsi, interrompue par l'offrande que la famille royale et les dignitaires effectuèrent devant un cierge de 5 livres auquel 5 écus d'or sont fixés.

Au terme de l'office, 12 gentilshommes de la maison du Roi emportèrent le cercueil, aidés de 12 chevaliers des Ordres.


Ils le déposèrent près de l'escalier des Bourbons.

 

Le prédécesseur du monarque défunt fut alors libéré de sa longue attente au bas des degrés, et son successeur prit sa place.

Un héraut d'armes accompagna le Roi dans sa dernière demeure et recouvrit la bière du manteau royal.


Il appella ses collègues à "faire leur office"

 
Eut lieu alors la traditionnelle cérémonie de remise des honneurs : éperons, écu, cotte d’armes, heaume, pannon, épée royale, main de justice, sceptre, couronne.

 

Le duc de la Trémouille, faisant fonction de grand maître de France, mit son bâton dans le caveau

 

Les maîtres d’hôtel rompirent le leur.


Une voix lugubre, sortie d'outre-tombe, proclama alors :

" Le Roi est mort... Priez Dieu pour lui !"

 

Le héraut sortit alors du caveau et clama:

"Vive le Roi, vive le Roi Louis XV !"

 

Car le Roi de France ne meurt jamais et la continuité monarchique est assurée.

âgé de 5 ans aux funérailles de son arrière-grand-père

La cérémonie funéraire prend fin, le duc de La Trémoille prononce ces mots ", Vive le roi !"


Si la famille royale quitta les lieux, les grands du royaume et les corps constitués restèrent encore un peu à l'abbaye.

 

Car le soir, un festin solennel y était organisé dans les grandes salles du monastère.


Pendant ce temps, le trésorier de Saint-Denis et ses aides avaient retiré les regalia et les objets jetés dans le caveau

 

Ils allèrent enrichir le fabuleux trésor de Saint-Denis.


On est décidément loin de ces obsèques presque anonymes, expédiées à la hâte, en présence d’une assemblée clairsemée et désireuse d’en finir, dont parle Saint-Simon.

 

En réalité, ce fut une cérémonie magnifique et digne du Grand Roi.

À la fin de la cérémonie, le cercueil royal est placé dans la crypte des Bourbons.

 

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